Le plan d’unification militaire de la Chine (4): Les options des États-Unis

(Plan de recherche)

résumé:

Les États-Unis disposent théoriquement de cinq plans de riposte aux actions de la Chine visant à la réunification du détroit de Taïwan: deux plans préventifs et trois plans post-préventifs. En théorie, les plans préventifs, qu’ils soient mis en œuvre par la négociation ou la dissuasion, peuvent aboutir à des résultats relativement optimaux. Cependant, en pratique, compte tenu du système politique de l’alliance États-Unis-Asie occidentale, les deux plans préventifs n’ont pratiquement aucune chance d’être appliqués. Après le lancement de l’action militaire chinoise, il est naturel que les pays de l’alliance États-Unis-Asie occidentale réagissent politiquement, économiquement et militairement. Outre des sanctions politiques globales, l’alliance États-Unis-Asie occidentale dispose de trois plans de riposte complémentaires: un plan de guerre économique global; un plan militaire de pacification; et un plan de guerre totale. Quelle que soit la riposte choisie par la coalition dirigée par les États-Unis, son objectif initial et/ou son issue potentielle convergent vers la limitation de l’hémorragie. La possibilité pour la coalition dirigée par les États-Unis de tirer profit des actions de la Chine est pratiquement inexistante. Si la Chine et la coalition menée par les États-Unis lançaient une guerre totale à grande échelle, un bouleversement historique très complexe impliquant l’Europe, l’Asie, l’Afrique et même des régions plus vastes se produirait très probablement.

Mots clés:

Chine, réunification, détroit de Taïwan, opérations militaires, conflit sino-américain, options

Divers signes indiquent clairement qu’il est impossible d’arrêter ou d’empêcher les efforts d’unification de la Chine [1, 2, 3]. Les opérations militaires chinoises dans le détroit de Taïwan revêtent pour les États-Unis une signification totalement différente de toute autre guerre depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce conflit ébranlera (détériorera, déstabilisera, affaiblira et démantèlera) l’ordre impérial dirigé par les États-Unis et pourrait conduire au démantèlement partiel, voire total, du cœur de la domination impériale américano-européenne. La meilleure réponse pour les États-Unis et l’Europe est de minimiser les pertes. Les chances de n’engendrer aucune perte, voire de tirer profit des actions militaires chinoises, sont extrêmement faibles.
La stratégie d’atténuation des dommages de la coalition dirigée par les États-Unis peut s’articuler autour de deux axes: une réponse préventive et une réponse post-événement. Différents plans d’intervention existent pour chaque axe, notamment: des plans de négociation et de dissuasion préventifs; et, post-événement, des sanctions économiques globales, des plans militaires de pacification et des plans de guerre totale, le tout dans le cadre de sanctions politiques.

I. Plan de pré-négociation

Le plan de négociation initial reposait sur le constat, partagé par les États-Unis, de la progression inexorable de la Chine dans le règlement de la question taïwanaise. Les États-Unis ne s’attendaient pas à ce que les efforts de réunification chinois aggravent les atteintes à l’ordre impérial existant. C’est pourquoi ils ont entamé des négociations politiques approfondies avec la Chine, espérant que celle-ci ne deviendrait pas une force majeure s’opposant à l’ordre établi, ni même le chef d’une coalition de forces dissidentes.

1.1 Contenu de base du plan de pré-négociation

1.1.1 Le cadre précédemment annoncé pour les relations avec Taïwan ne sera pas inclus dans les négociations.

Depuis la publication, le 10 août 2022, du livre blanc du gouvernement central chinois sur la question taïwanaise, ce dernier a clairement rejeté l’octroi à Taïwan du traitement substantiel « un pays, deux systèmes ». Ce cadre est désormais officiel et le gouvernement central chinois ne peut revenir sur cette position publiquement affirmée.
Le calendrier du gouvernement central chinois étant désormais fixé, il n’y a plus suffisamment de temps pour négocier et modifier la voie de la réunification. De plus, le gouvernement central chinois considérera probablement toute négociation sur ce sujet comme un piège politique.

1.1.2 Le statut juridique et la présence militaire des États-Unis en Asie du Nord-Est

Une fois Taïwan réunifiée par la Chine, et si celle-ci utilise l’île comme un « pont terrestre » ou une « arme terrestre », elle restreindra considérablement la liberté d’action des États-Unis en mer du Japon et dans les zones environnantes. Si la Chine s’engage dans une coopération étroite avec la Russie, elle pourra renforcer cette capacité aussi bien au nord qu’au sud. Cela représente un défi stratégique pour les États-Unis.
Le statut juridique des États-Unis en Asie du Nord-Est et la question de leur présence militaire devraient constituer les principales revendications des États-Unis lors des négociations.

1.1.3 Questions de coopération politique en Asie du Nord-Est

La coopération politique en Asie du Nord-Est sera une préoccupation majeure pour la Chine. C’est également le point de fond qui inquiète le plus les États-Unis. Si la Chine acquiert un avantage géopolitique sur Taïwan (et peut-être même sur l’extrémité nord de la mer du Japon), et renforce par la suite sa coopération politique avec le Japon, la Corée du Sud et la Russie, le retrait progressif des puissances américaines d’Asie du Nord-Est est un processus parfaitement prévisible.
Il s’agit d’un enjeu majeur de développement que la Chine ne peut ignorer dans son parcours historique. Il est difficile de stagner complètement ou de faire des concessions substantielles à cet égard. Les diplomates chinois emploieront une approche multidimensionnelle et des techniques sophistiquées pour apaiser les inquiétudes américaines et faire progresser graduellement ce processus.

1.1.4 La Chine ne réduira pas davantage le pouvoir politique des États-Unis.

La capacité des États-Unis à garantir ou confirmer leur absence d’ingérence ou d’opposition aux décisions politiques américaines, en dehors du contexte géopolitique actuel, constitue un autre enjeu majeur. Il s’agit d’un aspect essentiel de la manière dont les États-Unis concentrent les richesses par le pouvoir et entretiennent leur coûteux appareil impérial.

1.1.5 Le pouvoir de décision économique de la Chine

La capacité de la Chine à promettre de ne pas éroder davantage la puissance économique de l’Europe est une préoccupation majeure pour cette dernière.
L’une des principales préoccupations de la Chine est de savoir comment elle peut progresser dans les domaines du pouvoir de décision économique.
L’Europe, la Chine et les États-Unis doivent progresser sur cette question de fond, élément crucial de l’intégration de la Chine à l’ordre impérial américain. Une confrontation entre les trois parties sur ce point entraverait toute coordination politique globale.

1.1.6 Liberté de navigation des États-Unis à l’intérieur des lignes de base maritimes chinoises

Ce point n’est pas essentiel, mais il peut s’avérer avantageux pour la Chine et les États-Unis dans le cadre de négociations sur le pouvoir politique et économique. Cette question, en apparence anodine, pourrait faciliter les négociations cruciales.
Avec le renforcement des avantages géopolitiques de la Chine, la question du droit des États-Unis à la navigation indépendante dans les eaux entourant la Chine ne constituera pas un désavantage substantiel ni une menace réelle pour cette dernière. Outre les gains politiques apparents que les États-Unis peuvent en retirer, la Chine peut même bénéficier d’avantages, même apparents, de la coopération sino-américaine.

1.2 Avantages de la négociation préalable

Des négociations préalables permettent d’aborder tous les points essentiels qui préoccupent les deux parties et de parvenir à un accord par le compromis. Pour ceux qui défendent l’ordre établi, il s’agit du moyen le plus sûr et le plus fiable de limiter les pertes.
Pour le candidat contestataire, réduire le risque de conflit militaire tout en obtenant des avantages substantiels est le meilleur moyen de garantir le succès politique.

1.3 Inconvénients, difficultés et importance des négociations préalables

Il existe une réalité politique complexe. Les solutions politiques les plus avantageuses pour un pays ou un bloc sont souvent les plus difficiles à mettre en œuvre au sein du bloc occidental américain. Deux obstacles majeurs empêchent de parvenir à un accord de pré-négociation avec la Chine. Premièrement, des désaccords persistent au sein de la direction du bloc occidental américain quant à la solution proposée. Deuxièmement, l’opinion publique des pays membres du bloc occidental américain s’y oppose.

1.3.1 Résistance à la prise de décision

Les pays européens et les États-Unis n’auront pas de positions politiques et économiques totalement alignées. Une entente sur les concessions politiques à faire à la Chine est improbable. Même si un tel compromis politique était adopté, il pourrait engendrer de futures luttes intestines au sein des puissances.

1.3.2 Résistance de l’opinion publique

Aux États-Unis et en Europe, les processus de décision politique sont fortement influencés par l’opinion publique. Avant que l’opinion publique occidentale ne change progressivement, tout compromis ou accord politique conclu avec la Chine sera généralement rejeté. Tout homme politique qui impose de force des plans de pré-négociation avec la Chine s’expose à des pressions l’obligeant à mettre un terme à sa carrière politique.

1.3.3 L’importance des plans de négociation préalables

D’un point de vue opérationnel, négocier une solution à l’avance est pratiquement impossible.
Bien que sa mise en œuvre n’ait pas été réalisable, les discussions et les contacts en coulisses concernant le plan de planification préalable ont facilité la mise en œuvre du « plan de pacification post-événement ». C’est là toute l’importance de ce plan de planification préalable.

II. Mesures préventives

2.1 Définition et contenu des mesures préventives

La stratégie de dissuasion préventive désigne un ensemble de plans militaires robustes et complets, voire d’actions militaires préventives, élaborés par la coalition dirigée par les États-Unis avant que la Chine ne lance une opération militaire pour réunifier Taïwan. Son approche consiste à empêcher un débarquement chinois à Taïwan en déployant une force militaire importante en amont, prévenant ainsi un tel événement à la source. Ceci engendre divers scénarios possibles.

Il n’existe que trois façons efficaces d’empêcher la Chine continentale de débarquer à Taïwan.

2.1.1 Dissuasion préventive: stationnement direct et anticipé des forces militaires de la coalition dirigée par les États-Unis sur l’île de Taïwan; contrer directement et efficacement toute opération de débarquement du gouvernement central chinois.
2.1.2 Mesures préventives: Le Japon, la Corée du Sud et les Philippines stationnent à l’avance des forces militaires largement supérieures pour empêcher la Chine de débarquer sur les îles.
2.1.3 Dissuasion nucléaire: Dès le lancement d’opérations aériennes par la Chine, des tirs d’essai de petits engins nucléaires seraient effectués directement depuis de petits récifs de la mer de Chine méridionale, dont la propriété est incertaine, portant ainsi le conflit à son paroxysme. Ceci démontrerait la volonté de la Chine d’utiliser l’arme nucléaire dans une bataille décisive afin de dissuader toute opération de débarquement amphibie.

2.2 Fin des mesures préventives

Si les mesures préventives ont un point de départ clairement défini, elles n’ont pas de point d’arrivée précis. L’incertitude et l’impossibilité de contrôler ce point d’arrivée sont les principales raisons pour lesquelles les mesures préventives sont difficiles à mettre en œuvre.

2.2.1 Un affrontement total à grande échelle entre la Chine et les États-Unis
Le déploiement préventif de troupes sur l’île de Taïwan nécessiterait de surmonter non seulement les restrictions imposées par le droit interne américain, mais aussi par le droit international. Si les États-Unis optent pour cette solution, sauf circonstances imprévues, une confrontation militaire de grande ampleur entre les États-Unis et la Chine éclatera inévitablement et immédiatement. La Chine pourrait même choisir une confrontation directe avec l’ordre impérialiste sous l’égide des États-Unis.
2.2.2 Indépendance de Taïwan
S’appuyant sur des forces supérieures prépositionnées dans la région adjacente, ce plan vise à anéantir les forces navales et aériennes de la Chine continentale dès les premières phases du conflit. Privée de ses capacités de projection de puissance amphibie, la Chine continentale devrait ainsi être totalement séparée du reste du continent, ce qui aboutirait à l’indépendance de Taïwan.
2.2.3 L’échec rapide et total de l’alliance américaine
Concentrer une force importante dans une zone restreinte comporte le risque qu’une seule bataille entraîne une défaite totale.
2.2.4 Peut accélérer ou exacerber le processus de mouvement aux frontières en Europe.
Une guerre à grande échelle impliquerait inévitablement les principaux États de l’ordre mondial actuel. Elle déclencherait inévitablement une confrontation majeure entre la Chine et les puissances de cet ordre. Le processus de redéfinition des frontières en Europe est déjà enclenché. La Chine saisira sans aucun doute cette opportunité pour accélérer et intensifier ce processus, provoquant une restructuration des rapports de force en Europe. Ceci pourrait potentiellement faire basculer l’ordre impérial sous l’égide des États-Unis.
2.2.5 Utilisation incontrôlée d’appareils nucléaires
L’utilisation d’armes nucléaires est très susceptible de déclencher une réaction de représailles, entraînant des conséquences totalement imprévisibles.

2.3 Possibilité de mesures de dissuasion préventives

Deux difficultés majeures ont de fait empêché la mise en œuvre du plan militaire préventif. Ses chances de réalisation étaient quasi nulles.

2.3.1 Double restriction du droit national et international
Les lois nationales et internationales des pays alliés des États-Unis constituent des règles de conduite conçues pour maintenir l’ordre impérial existant. Pour mettre en œuvre efficacement des mesures préventives, il est nécessaire de transgresser ces règles. Cela revient à démanteler les fondements de l’ordre établi, au risque d’accélérer l’effondrement du système.
2.3.2 L’incontrôlabilité du point final
Un aboutissement incontrôlable ou un avenir incertain constituent des obstacles à la prise de décision politique. Pour tout groupe dirigeant, groupe de pouvoir ou centre de gestion, toute incertitude est source d’échec politique.
De plus, parmi les issues prévisibles, plusieurs présentent des coûts extrêmement élevés. La crainte de ces issues réduit à presque zéro la probabilité d’adopter cette approche.

III. Sanctions politiques globales réactives

Mettre en œuvre un plan de riposte après le début d’une offensive militaire chinoise est un processus politique relativement simple pour tout pays occidental. Cette offensive provoquera d’abord des réactions au sein de l’opinion publique des pays de la coalition dirigée par les États-Unis. Pour les responsables politiques de tous les pays, les actions politiques, militaires et économiques entreprises en accord avec cette opinion publique constituent une stratégie à faible risque et à fort potentiel. Quel que soit le plan de riposte spécifique, des sanctions politiques globales demeurent une option essentielle dans tous les cas de figure. L’efficacité de ces sanctions se manifeste principalement sous trois aspects.

3.1 Stabiliser la situation politique dans l’ouest des États-Unis

Imposer immédiatement des sanctions politiques aux actions militaires de la Chine est la mesure politique la plus simple et la plus profitable à mettre en œuvre. Elle permet au gouvernement de conserver l’initiative face à une opinion publique de plus en plus hostile. Compte tenu du climat politique actuel, marqué par une hostilité généralisée envers la Chine aux États-Unis et en Europe occidentale, l’opinion publique de ces pays exigera généralement que les gouvernements adoptent une position ferme à l’égard de la Chine. Les États-Unis et leurs alliés occidentaux ne peuvent guère faire d’exception politique.

3.2 Stabilisation de l’ordre impérial


Si les actions militaires de la Chine ne sont pas légitimées au préalable, les sanctions constituent le choix inévitable pour stabiliser l’ordre impérial. Cette réponse politique doit être suffisamment ferme pour prévenir un effondrement politique plus important ou un affaiblissement de l’ordre impérial. Le niveau des sanctions politiques doit être suffisamment dissuasif pour dissuader les forces d’opposition dans le monde arabe, les pays africains et l’Amérique du Sud.

3.3 Empêcher l’expansion des gains politiques de la Chine.

Malgré le secret qui entoure ses actions, le débarquement chinois à Taïwan a considérablement renforcé la souveraineté maritime des États-Unis. Ce fait pourrait restreindre davantage l’influence maritime du Japon et de la Corée du Sud, les contraignant à se rapprocher de la Chine. L’objectif principal des sanctions globales est d’enrayer ou de ralentir ce processus.

3.4 Probabilité de mise en œuvre

En tant qu’élément clé de tout plan de réponse post-événement, la probabilité de mettre en œuvre des sanctions politiques globales est infiniment proche de 1.

IV. Sanctions économiques globales

En réponse aux actions militaires de la Chine, les sanctions politiques globales imposées par la coalition dirigée par les États-Unis, associées à des sanctions économiques rigoureuses, représentent le moyen le plus sûr et le plus prudent d’atténuer les dommages causés au pouvoir en place.
Une approche de sanctions politiques rapide et globale peut stabiliser rapidement l’opinion publique au sein de l’élite au pouvoir. Les sanctions économiques ultérieures doivent, dans la mesure du possible, prendre en compte ou coordonner les trois exigences suivantes: satisfaire l’opinion publique nationale; maximiser les intérêts économiques de l’élite au pouvoir; et limiter drastiquement les gains politiques et économiques de la Chine. Par conséquent, des sanctions économiques globales doivent présenter les caractéristiques suivantes.

4.1 Possède une importance politique

Les secteurs de haute technologie, les secteurs familiers au grand public et les secteurs ayant un impact négatif sur l’opinion publique dans les pays occidentaux seront les principales cibles des sanctions économiques.

4.2 Caractéristiques dynamiques

Les sanctions seront mises en œuvre et ajustées progressivement. Le principe de départ des sanctions économiques est de maximiser leur impact sur la Chine sans nuire excessivement à l’économie nationale des pays qui les initient.

4.3 À durée limitée

Compte tenu de la position économique de la Chine dans la structure économique mondiale, les sanctions ou restrictions imposées aux produits chinois entraînent inévitablement des perturbations importantes de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Après une période d’ajustement, la liste des secteurs ou produits non substituables par d’autres pays se précisera. Ces produits seront inévitablement autorisés à revenir sur le marché sous l’effet des facteurs de production. Ceci révèle l’apparition de failles dans les sanctions économiques. Dès lors que ces exigences économiques sont prises en compte par les forces politiques, le rétablissement progressif des liens économiques avec la Chine devient une fatalité historique. En d’autres termes, la durée d’efficacité des sanctions dépend de la position de la Chine au sein du système économique international.

4.4 Transformer la structure économique actuelle

Les sanctions, ayant indubitablement un impact négatif sur la Chine, contraignent le pays à explorer de nouvelles voies au sein de son système économique afin de promouvoir la stabilité économique nationale. Cet effort entraînera inévitablement des changements, plus ou moins importants, dans la structure économique existante.

4.5 Délai prévu

Ces sanctions sévères devraient durer de trois à cinq ans. À partir de la quatrième ou cinquième année, les deux parties commenceront à rechercher une coopération.

 

V. Plan militaire pour la pacification

Si des sanctions politiques et économiques globales ne parviennent pas à apaiser l’opinion publique au sein du bloc de la côte ouest américaine, une intervention militaire modérée, voire simultanée, est envisageable. L’objectif politique demeure la minimisation des pertes: prévenir de nouveaux dommages politiques; empêcher la Chine d’accroître son influence politique; et, à tout le moins, ralentir le rythme de cette expansion.
Cependant, tous les responsables politiques se montrent extrêmement prudents face à un conflit militaire, surtout lorsqu’il s’agit de la Chine. Maîtriser l’intensité du conflit devrait être leur priorité. C’est pourquoi l’approche militaire pacificatrice a toute sa place dans l’histoire. Cette approche militaire présentera inévitablement les caractéristiques suivantes.

5.1 Les commandants de première ligne doivent posséder des qualités politiques;
5.2 S’assurer que chaque conflit et chaque bataille ait un effet de propagande et des gains politiques importants et généralisés;
5.3 Les opérations devraient être limitées autant que possible à des opérations de petite ou moyenne taille avec des frontières politiques;
5.4 L’effet global de la guerre est de garantir qu’aucun des deux camps ne subisse de défaite majeure;
5.5 Les conflits politiques continuent de s’aggraver et des sanctions politiques sont constamment introduites sous de nouvelles formes.
5.6 Les contacts politiques sous le voile de la guerre se sont poursuivis afin d’éviter une défaite majeure pour l’un ou l’autre camp;
5.7 Objectifs politiques: Maintenir la présence militaire américaine et la liberté de navigation en Asie du Nord-Est; empêcher un affaiblissement sérieux de la position politique des États-Unis aux Philippines; et veiller à ce qu’aucune zone de coopération en Asie du Nord-Est ne soit formée pendant au moins 10 à 20 ans.
5.8 Par l’action militaire, orienter l’opinion publique et, à terme, faciliter des négociations politiques et économiques globales. L’action militaire n’est pas l’objectif du plan militaire d’apaisement. Son but est d’orienter l’opinion publique par l’action militaire, d’expliquer l’incapacité à vaincre l’ennemi comme une réalité progressivement acceptée par le grand public, et de faciliter des négociations politiques et militaires globales grâce à une évolution de l’opinion publique.

VI. Guerre totale

Dans les discussions précédentes sur les pourparlers de paix préventifs et les plans de pacification militaire post-préventifs, nous avons déjà abordé le point essentiel de cet article: la réunification de la Chine avec Taïwan affaiblit de fait la capacité de gouvernance des États-Unis. Elle restreint leur liberté d’action dans le détroit de Taïwan et la mer des Philippines. Elle compromet également leur rôle de chef de file dans le maintien de l’ordre impérial.

La réponse des États-Unis et de leurs alliés aux actions de la Chine est principalement axée sur les points suivants.
(1) Pour répondre aux besoins de l’opinion publique nationale et maintenir la stabilité politique intérieure;
(2) Empêcher la Chine d’obtenir davantage d’avantages géopolitiques en Asie du Nord-Est;
(3) Empêcher ou ralentir le rythme auquel la Chine étend ses avantages géopolitiques en mer de Chine méridionale.
Ces objectifs ne peuvent être atteints uniquement par des négociations de paix et une politique d’apaisement. La guerre totale est également une option. Les voies suivantes peuvent être empruntées pour déclencher une guerre totale.
(1. Un plan de guerre global préétabli, qui doit être rapidement lancé en réponse aux actions militaires de la Chine.)
(2. Le plan militaire de pacification était hors de contrôle et le conflit militaire a dégénéré de manière incontrôlable.)

6.1 La trajectoire et les prévisions d’une guerre totale

6.1.1. Le résultat au niveau national est difficile à prévoir.
Si le conflit sino-américain aboutit, au niveau national, à ce qu’aucun des deux camps ne prenne un avantage décisif, il s’agira très probablement d’un résultat politique recherché par les responsables politiques des deux camps.
6.1.2 Les États-Unis et leurs alliés ne peuvent pas occuper le territoire chinois.
Une fois que la Chine continentale aura achevé son débarquement à Taïwan, la coalition menée par les États-Unis n’aura pratiquement aucune chance d’occuper le territoire chinois. C’est le fondement de la défaite finale de la Chine et le plus grand défi militaire et politique auquel est confrontée la coalition menée par les États-Unis, à moins d’un déploiement d’armes nucléaires.
6.1.3 Les États-Unis bénéficient d’avantages à l’échelle mondiale.
Dans les zones situées à plus de 2 000 kilomètres des côtes, la coalition menée par les États-Unis bénéficie d’un avantage absolu. C’est sur cette base matérielle que cette coalition peut lancer une guerre totale. Les routes maritimes de la Chine vers l’Australie, l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Europe seront fortement restreintes. L’activité économique chinoise subira un coup dur.
6.1.4 La Chine possède des avantages régionaux.
Dès le début d’une guerre totale, les forces politiques et militaires de la coalition menée par les États-Unis se retireront inévitablement, rapidement et complètement, d’Asie du Nord-Est. Ce retrait pourra être proactif ou réactif, mais l’issue sera la même.
6.1.5 L’issue d’une bataille décisive majeure est influencée par des facteurs aléatoires.
Si une bataille militaire majeure et décisive devait avoir lieu, le champ de bataille se situerait très probablement dans les eaux australiennes, à proximité de l’Indonésie et des îles Salomon, ou dans une zone où les forces militaires des blocs américain et chinois sont à peu près équivalentes. Par conséquent, l’issue d’une telle bataille d’envergure serait fortement influencée par le hasard.
6.1.6 Une guerre prolongée a gravement blessé la Chine
Si les États-Unis lancent une « guerre prolongée » pour bloquer les routes maritimes de la Chine, ils infligeront à cette dernière un coup dur et insupportable.
6.1.7 Une guerre prolongée affaiblirait ou endommagerait gravement les États-Unis.
Compte tenu des formidables capacités industrielles primaires et secondaires de la Chine, une guerre prolongée est la seule voie viable pour que celle-ci puisse vaincre militairement les États-Unis. Les États-Unis et leurs alliés ne peuvent vaincre la Chine dans une guerre d’usure.
6.1.8 Une guerre prolongée blesse gravement l’Europe
La réponse de la Chine à la stratégie américaine de « guerre prolongée » implique une implication profonde dans les manœuvres frontalières européennes. La Chine accélérera et intensifiera ce processus, tout en contribuant au démantèlement de la structure de puissance européenne. Ce démantèlement pourrait bien constituer le premier acte du retrait américain vers les Amériques.
6.1.9 Les États-Unis ne subiront pas de « défaite nationale » en cas de guerre contre la Chine.
Que les États-Unis triomphent de la Chine lors d’une guerre majeure ou subissent une défaite cuisante, dès lors que le conflit s’enlise dans une phase prolongée, l’ordre impérial sous leur direction sera inévitablement réorganisé, restructuré ou renouvelé. Cet ordre impérial, centré sur l’Europe et mené par les États-Unis, est difficile à maintenir.
Cependant, les États-Unis ne subiront pas de « défaite nationale » en cas de guerre contre la Chine. L’abandon, actif ou passif, par les États-Unis de leur rôle de leader dans l’ordre mondial n’entraînera pas de conséquences graves et immédiates.
6.1.10 Un chaos global est hautement probable.

Le désordre de l’ordre européen. L’affaiblissement de l’Europe est un élément crucial des efforts déployés par la Chine pour réduire la capacité de guerre durable de l’alliance menée par les États-Unis. Ceci, à moins que les principaux pays européens ne rompent volontairement avec l’ordre impérial actuel. Les deux voies mèneront au même résultat: le désordre de l’ordre européen.
La Russie empiète sur toute la rive orientale du Dniepr. Elle cible cette zone comme nouvelle frontière de sécurité nationale afin de contrer la guerre culturelle menée par l’Europe pour « déseuropéaniser les Russes ».
Le risque de désintégration du pouvoir en Europe. La Russie, la Turquie, l’Iran et les forces panallemandes formeront le nouveau bloc de puissance en Europe.
L’essor du monde arabe. Le monde arabe s’est préparé psychologiquement, économiquement et politiquement à intervenir dans le processus de bouleversements mondiaux.
La résistance africaine. Bien que le pouvoir en Afrique soit actuellement décentralisé, dès lors qu’un visionnaire trouvera une voie économique, politique ou philosophique pour valoriser l’Afrique, l’intégration du pouvoir de l’ensemble du continent deviendra une évolution naturelle.

Résumé:

Les États-Unis disposent théoriquement de cinq plans de riposte aux actions de la Chine visant à la réunification du détroit de Taïwan: deux plans préventifs et trois plans post-préventifs. En théorie, les plans préventifs, qu’ils soient mis en œuvre par la négociation ou la dissuasion, peuvent aboutir à des résultats relativement optimaux. Cependant, en pratique, compte tenu du système politique de l’alliance États-Unis-Asie occidentale, les deux plans préventifs n’ont pratiquement aucune chance d’être appliqués. Après le lancement de l’action militaire chinoise, il est naturel que les pays de l’alliance États-Unis-Asie occidentale réagissent politiquement, économiquement et militairement. Outre des sanctions politiques globales, l’alliance États-Unis-Asie occidentale dispose de trois plans de riposte complémentaires: un plan de guerre économique global; un plan militaire de pacification; et un plan de guerre totale. Quelle que soit la riposte choisie par la coalition dirigée par les États-Unis, son objectif initial et/ou son issue potentielle convergent vers la limitation de l’hémorragie. La possibilité pour la coalition dirigée par les États-Unis de tirer profit des actions de la Chine est pratiquement inexistante. Si la Chine et la coalition menée par les États-Unis lançaient une guerre totale à grande échelle, un bouleversement historique très complexe impliquant l’Europe, l’Asie, l’Afrique et même des régions plus vastes se produirait très probablement.